12 mars 2008
Et au Sud, quoi de nouveau ?
Coucou les amis.
Claire-Marie vous delaisse depuis un mois, alors c’est moi qui prend le relais.
Et y’a du nouveau ! Claire-Marie s’est trouvé un job de 2 demi-journées par semaine à la pre-school (maternelle) de la paroisse. Elle donne un coup de main à une bonne soeur (Sister Brenda) et une novice dominicaine pour encadrer 65 loupiots répartis en 2 classes. C’est crevant, mais ca la botte bien. Elle disserte deja sur les différences de méthodes entre la Zambie et la France (elle voudrait bien avoir le point de vue de Cathy sur la question, mais faudra attendre le retour pour de longues conversations…).
Elle trouve par exemple que tout est basé sur la répétition, toute la classe ensemble, jusqu’à ce que tout le monde reprenne en coeur “A for Apple, B for Bird…” Même si la grande majorité ne comprend pas du tout ce que ca veut dire (l’anglais n’est pas leur langue maternelle). Et elle trouve qu’on n’encourage pas du tout l’initiative individuelle. Les enfants font tout en groupe, et même lorsqu’il vont sur le tobogan, ils n’inventent pas de jeux eux-mêmes : lorsque Claire-Marie les fait descendre à la queue-leu-leu, ils hurlent de rire, mais ils n’auraient jamais eu l’idée tous seuls. Par contre, quelle mémoire, ils sont capables de chanter des dizaines de comptines (en anglais !), même si les erreurs de prononciations sont monnaie courante (I want to closs the load, I want to closs the load…Look left, look light ! I want to closs the load) (il faut dire que le “r” n’existe pas en Bemba).
Bref, pour l’instant c’est plein de découvertes pour Claire-Marie. Quand un enfant fait une colère, comme le village est tout proche, il rentre simplement à la maison ! Et les petite sfilles nettoient les habit des petits garcons quand ils se sont tachés. Et quand elle ont une poupée, elle ne font ni une ni deux, elle prennent un pull en guise de pagne et se la colle sur le dos, comme il se doit.
(Claire-Marie reprend la plume, excédée par la lenteur de frappe de Vincent…)
Vincent, lui, est en vacances pour une semaine, c’est pour ça qu’il prend le temps d’écrire. Ces dernières semaines ont été assez calmes d’un point de vue professionnel, puisqu’il y a maintenant un médecin de plus à Chilonga. Et puis cette année est marquée par une trés faible fréquence de paludisme, ce qui est bon pour tout le monde, mais particulièrement pour Vincent, en charge du service des enfants à l’hôpital.
Depuis quelques jours, les visiteurs de succèdent à la maison. En réalité, se sont plutôt des voisins qui ont des visites, et on les voit débarquer un soir avec leur invité. Cest comme ça que ça se passe ici. Le mieux serait même que ce soit nous qui allions les voir, puisque c’est la tradition de rendre visite à un ami qui a des visiteurs (je ne sais pas pourquoi, j’ai comme l’intuition que cette coutume n’a pas été inventée par celles qui font la cuisine…).
Enfin du coup, c’est sympathique, on sirote un petit jus de quelque chose et on papote, et l’énorme avantage, c’est que les “visiteurs de nos visiteurs” ne sont pas timides ou tendus, vu qu’ils sont dans un cadre tout à fait banal pour eux : ils font la tournée des voisins de leurs amis. Résultat c’est vraiment chaleureux et simple comme contact, loin de tous les a-priori ou complexes des gens qui nous connaissent. On en profite. Et puis, c’est coup double, parce que le voisin ou la voisine qui est venu(e) repart ravi(e) d’avoir proposé une “visite de Blancs” dans le programme, donc on est sûr d’avoir fait plaisir !
Les zambiens ont beaucoup d’humour, donc on n’est pas vraiment inhibés non plus. Si on craint d’avoir fait une gaffe, on le dit simplement et on sait que notre interlocuteur va trouver un moyen délicat et drôle de nous sortir de là ! Par exemple, on a compris il y a seulement quelques semaines qu’on ne laisse pas un invité à la porte, mais qu’on le raccompagne le plus loin possible. Dans le village, ça veut dire jusqu’à mi-chemin entre sa maison et la nôtre, voire plus s’il fait nuit et que votre invitée n’est pas rassurée (les hommes feront toujours semblant de ne pas avoir peur…). Nous nous sommes donc excusés auprès de nos connaissances, et veillons maintenant à faire un bout de trajet avec eux, mais tous, ils ont bien rigolé en disant que c’est pas grave, qu’ils se doutaient bien que chez nous c’était pas malpoli de laisser quelqu’un sur le seuil… Comme quoi, ils sont super tolérants…
Voilà pour les nouvelles du bush, en direct de Chilonga, à vous les studios…
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Commentaires
Ce post me fait repenser à mon séjour au Burkina Faso. Nous avions monté une asso dont le but était de faire découvrir les réalités du sud à des jeunes du nord à travers un projet de développement. Nous étions partis faire du soutien scolaire dans une école primaire. L'interet était que cette année là plus de la moitié des "blancs" étaient à l'IUFM. Et c'était exactement ça! Les enfants étaient pris comme un tout, l'individu n'existait pas! quand on leur demandait de faire un dessin ils ne savaient pas! pas qu'ils ne savaient pas dessiner mais ils ne savaient pas quoi faire! on les a guidé un peu et du coup on s'est retrouvés avec 45 cases et 45 bonhommes... Alors pendant un mois nous avons essayé de leur donner une place à chacun et d'apporter un suivi en petit groupes. 1 mois c'est court mais on a vraiment vu certains enfants s'ouvrir et se mettre à réflechir par eux même! En tout cas c'est sur qu'entre l'école de france et l'école d'afrique, la pédagogie n'est pas la même... loin de là!
Ecrit par : clo | 12 mars 2008
Oh, je ne sais pas pour vous autres amis lecteurs, mais j'ai comme dans l'idée qu'une ministre blanche de l'éducation nationale Zambienne révolutionnerait le système scolaire !
bon, c'est peut être pas mal si un nouveau médecin est arrivé à la mission, ça va vous permettre de souffler un peu, et de prendre un peu de recul sur tout ce que vous avez appris ces derniers mois ! un pré-bilan en quelque sorte !
merci en tout cas, comme toujours, pour ces quelques lignes qui nous font prendre un peu de recul (à notre manière...) sur notre quotidien !
Ecrit par : greg | 12 mars 2008
Merci pour ces quelques nouvelles. Faut dire qu'on les guettait un peu.
A chaque page de vie sa découverte.... Aujourd'hui, c'est la bienséance à raccompagner un visiteur jusqu'à mi chemin de sa maison etune réflexion quant au système éducatif Zambien.
Il nous semble qu'il y ait peut être là un indice expliquant le non décollage du développement en Afrique. Comment une personne à qui l'on ne cherche pas à développer l'esprit d'initiative et d'entreprise, peut il à l'age adulte oser tenter l'aventure économique solitaire?
Décidément oui, le développement d'un pays relève aussi du problème culturel. Vaste programme...
Les Micmacks
Ecrit par : les Micmack | 12 mars 2008
Super d'avoir les nouvelles de Claire-Marie par Vincent. Vivement que Vincent soit de nouveau en vacances !!!!
Enseignement individuel ou collectif ? Les deux peuvent être assez complémentaires.
Lorsque les enfants sont jeunes, la collectivité est un énorme moteur d'apprentissage. Il n'y a qu'à voir Lise rangeant avec enthousiasme la classe avec tous ces copains... alors que c'est tout simplement impossible à la maison ! Il faut dire aussi que, mauvais parents que nous sommes, nous n'avions pas pensé à la technique du pagne pour faire en sorte que Lise range sa poupée. Avez vous d'autres astuces de sagesse zambienne pour accélérer la soupe ou conserver l'eau du bain dans le bain ?
Effectivement lorsque les enfants sont plus âgés, l'individualisation de l'enseignement est probablement également nécessaire.
C'est super que vous Vincent soit un peu en vacances. Profitez en bien !
Jaysee
Ecrit par : Jaysee | 12 mars 2008
Je voulais envoyer un commentaire quant au système éducatif français suite à la réflexion de Claire-Marie sur le système éducatif Zambien...
Ce matin-même, tous les enseignants (même ceux qui ne travaillent pas le samedi comme moi!!!) devaient se retrouver en équipes pédagogiques pour donner leur avis sur les nouveaux programmes de l'école primaire pour la rentrée prochaine...démarche qui relève plus de la supercherie que d'une procédure constructive car je donne ma main à couper que l'on ne modifiera plus les textes!...et croyez-moi, on ne va pas de l'avant!
Dès la rentrée prochaine, les enfants n'auront plus que 24 heures de cours (plus d'école le samedi matin).
Pour un cycle 3 (CE2- CM1 et CM2), en Alsace, il y aura 8 heures de français (à enseigner sans transversalité, perspective très peu motivante pour les enfants!!), 5h de maths , 4h d' EPS (sûrement pour lutter contre l'obésité), 1h de religion et 3 heures d'allemand...
En somme, en Alsace, on ne disposera que de 3 heures pour enseigner l'histoire, la géographie, les sciences, la technologie, l'instruction civique et les arts visuels!!
Donc tu vois, Claire-Marie, chez nous non plus les enfants n'auront plus vraiment d'initiative personnelle...
Bref, alors que dans les programmes de 2002, l'enfant était au coeur des apprentissages, on se demande dans ces nouveaux programmes, quelle sera la place de l'enfant qui est en difficultés et qui ne pourra pas ingurgiter tout ce savoir trop dense ...
Au lieu d'accepter l'évidence que réduire les effectifs à 20 élèves par classe serait une solution, le gouvernement préfère payer des gens pour écrire de nouveaux programmes qui devraient révolutionner l'école...
En tout cas, chez nous, ils n'ont pas encore le droit de rentrer chez eux s'ils font une colère!!!
Sur ce, bonnes vacances à Vincent et bon courage à Claire-Marie...
Bisous à tous les 2,
cathy
Ecrit par : gendrin cathy | 15 mars 2008
Salut les studios chilongais, et coucou à tous, de France ou de plus loin !
On réagit d'abord sur les invités laissés sur le pas de la porte : effectivement, vous vous souvenez , le fameux jour de la "Shima" chez Beatrice, elle nous avait raccompagné, toute la troupe, jusqu'à la grand-route et on s'était demandé si elle avait ,soit peur qu'on ne se perde dans ce village minuscule (ben oui, des blancs sans GPS .. ça peut craindre ..;-)) ou si c'était pour laisser les enfants qui se tenaient la main marcher encore un peu ensemble..
Et, de même, quelques jours plus tard lors de la séance de "cuisine" : idem : Vinc s'était alors demandé si Beatrice nous raccompagnait par déférence envers les Blancs !
En tout cas, merci aux journalistes d'investigation pour cet élément de réponse qui était resté jusqu'alors ignoré !!
Ensuite concernant cette nouvelle expérience à la maternelle : bravo CM : encore une nouvelle corde à ton arc... !;-)) ton CV va être long comme un jour sans pain, tu vas pouvoir te recaser sans pb au retour, surtout si tu précises à l'éducation nationale que tu prépares tes séquences pédago "en anglais sans R" : tu vas avoir un de ces succès fouuuuu !
Allez, en étant un peu sérieux qd même, c'est vrai que c'est sympa de comparer les différences de systèmes d'éducation.
Je comprends très bien les grincements de dents de Cathy : au collège, ça va être un peu pareil (comment faire des sciences expérimentales comme physique ou techno en 3ème quand les élèves vont se retrouver à 28 en labo ? pas d'autre solution qu'un cours magistral, les expériences, on oublie !), mais il semble quand même que les élèves ont spontanément plus d'autonomie. Peut-être est-ce dû davantage à l'éducation en famille ?
"No comment" sur l'habitude des petites filles de nettoyer les habits des petits garçons (Fabien, tu veux ajouter quelque chose ? non ??? mais arrête donc de rigoler stupidement grrr !!)
Ahh, finalement, pour finir ces réflexions en vrac, on se dit qu'il y a quelque chose qu'on pourrait proposer à CM : débuter aussi une nouvelle expérience dans le scoutisme, en créant par ex un groupe farfadet (pour ceux qui auraient oublié de télécharger une version de mise à jour : ce sont les anciens sarabandes, donc des petits dès 5 à 6 ans !). Qu'est ce que vous en dites, tous les 2 ? pour les relations garçons-filles / la prise d'autonomie / l'ouverture sur le monde ..etc, y'a rien d'mieux !! ôôô que ce serait mignon !! Du coup ensuite, on vous recycle illico à la 1ère M : vous aurez des tonnes d'idées de jeux pour le thème "relation au monde" ;-)) Dernière suggestion : et si vous alliez demander qques conseils à Father Thomas à ce sujet ?
Allez, à + les journalistes, on vous embrasse et on attend votre prochain papier !
CalFab
Ecrit par : CalFab | 15 mars 2008
on vient de lire Mamie et moi tout ce beau rapport et les commentaires des uns et des autres.
Sur le système scolaire, on estime toutes les 2 qu'on est plus dans le coup et qu'on n'a pas grand chose à dire si ce n'est à peu près la même chose que Jaysee (t'as vu un peu ce que c'est que le poids de l'éducation ?).
On est en tous cas tout à fait confiante sur le fait que Claire-Marie et ses fou-rires se communiquent facilement à ses petites ouailles, toboggan ou pas !!!
En revanche en ce qui concerne le fait de raccompagner les invités jusqu'à mi-chemin de leur propre maison, Mamie a calculé que la mi-chemin entre Ristolas et Chilonga est exactement à Caen et que donc elle a toutes les chances de vous revoir fin Juin si vous avez vraiment définitivement adopté les traditions locales...!!
On profite de ces quelques élucubrations pour vous embrasser très fort
Bon Dimanche et bon courage à Vincent pour la reprise du boulot
Mom
Ecrit par : mom | 15 mars 2008
Je ne résiste pas à l'envie de vous donner la version américaine des Pre-Schools... ou l'enseignement individuel poussé à son paroxysme !
Bon, déjà, si on veut faire un enseignement individuel, il faut un minimum de personnel (et je ne reviendrai pas sur le coût afférant !) : dans la classe de Lise, ils sont 10 élèves pour trois enseignantes et deux assistantes… un encadrant pour deux enfants, il faut au moins ça !
Le programme de la journée est très vaguement préétabli : commencer en groupe par un temps de lecture, finir aussi par un temps en groupe de chanson et un temps où chacun peut prendre la parole. Le reste du temps en classe, l’enfant fait ce qu’il veut. Il peut choisir l’activité qui lui plaît, on sort ce qu’il faut pour le satisfaire.
Bon, Lise, ce qu’elle aime faire (quasi exclusivement !), c’est la peinture. Quand j’avais visité l’école, on m’avait montré l’espace peinture en insistant bien sur le revêtement au sol et au mur pour que l’enfant puisse laisser éclater sa créativité. OK.
Ensuite, depuis la rentrée, elle revient chaque semaine avec trois ou quatre pages de papier canson magnifique… recouvert de peinture marron… marron clair, marron foncé, on voit bien qu’elle s’est appliquée à bien mélanger toutes les couleurs sur la feuille !
Au bout de trois mois, arrive la réunion parent-profs. Je ne vois pas beaucoup d’évolution dans les œuvres de Lise, donc je me demande si elle n’a pas tout simplement pas compris la consigne (pas facile vu qu’elle ne parle pas encore bien anglais)… et je demande donc, avec tout le doigté possible, ce qu’on demande aux enfants. Eh bien on ne leur demande rien. Ils font ce qu’ils veulent. OK. Et alors elles mettent l’accent sur les progrès de Lise : elle prend de plus en plus de plaisir, elle mélange toutes les couleurs ensemble, elle recouvre toute la page et pas seulement un coin, elle met ses mains dedans, et petit à petit, elle fait des formes quand elle a ses mains dans la peinture, par exemple, des cercles avec les deux mains dans la peinture… OK !
Alors du coup je prends le temps de m’extasier comme les autres mamans, et on fait des bonhommes et des fleurs le week-end à la maison !
Mais ça a quand même des avantages : les maitresses laissent Lise prendre la parole pendant le temps d’échange. Lise ne parlait pas un mot d’anglais à l’époque mais voulait absolument participer. Eh bien on la laisse participer. Elles essaient de décrypter les mots qu’elles comprennent, et tous les enfants sont enthousiastes !!
Les autres spécialités de l’éducation à l’américaine : si l’enfant ne veut pas aller à l’école (en maternelle), c’est rare qu’on le force. Et si on le force, on prévient bien la maitresse, et on lui donne notre numéro de portable qu’on consulte toutes les 30 secondes pour être sure qu’on ne va pas nous rappeler pour aller le chercher !! Ca veut dire aussi que les enfants ici ont une fâcheuse tendance à se rouler par terre en hurlant quand ils veulent quelque chose. Lise a très vite compris !
Autre exemple : il est tombé 15cm de neige dans la journée (oui, je sais, c’est pas un bon exemple pour faire un comparatif avec la Zambie !!) Isabelle va chercher sa petite-fille à l’école, et trouve sur le trottoir la copine de Lise allongée par terre, écartant les bras dans la neige… que dit la Maman ? « Oh, c’est joli, tu fais des ailes, comme un ange !! » (on ne dit pas non à son enfant !)
Comme m’a justement fait remarquer Isabelle : on essaie juste de ne pas penser aux chiens qui sont passés par là avant la neige !
Moi je dis quand même que trop d’attention et trop de moyens… ce n’est pas non plus l’idéal !
En tous cas bravo à Claire-Marie pour cette nouvelle activité ! Je n’ai pas de peine non plus à imaginer les fous rires avec les enfants (les leurs et les tiens !) et c’est vrai que ça doit te changer !
Raconte-nous en vite plus !
Ecrit par : Ketut | 24 mars 2008
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