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16 novembre 2007
L'eau, quand, comment etc...
Vaste sujet que l’eau en Zambie !
En fait, je voulais attendre que le projet des puits et du nouveau système d’eau sur Chilonga et son hôpital soit terminé pour vous en parler, mais voilà, il s’est produit quelque chose d’insolite hier, et je ne résiste pas à la tentation de vous écrire ce message dès maintenant !
Alors d’abord, la Zambie n’est pas un pays où l’eau manque. Après la saison des pluies, qui dure tout de même 4 à 5 mois et qui permet de récupérer, grâce aux vents d’Est, les restes de mousson de l’océan indien, les cours d’eau sont nombreux et gonflés. Certains se tarissent, mais les rivières pérennes sont fréquentes, et les gens s’installent en conséquence.
En zone rurale, les Zambiens vont chercher l’eau directement à la rivière ou au puits, la saison sèche n’est donc pas un moment de sécheresse terrible et de soif pour les habitants. Il faut juste aller parfois un peu plus loin ou bien pomper un peu plus. Bien évidemment, la tâche de collecte de l’eau est réservée aux femmes et aux enfants, qu’on croise le long de la route avec des seaux de 20 litres posés sur leur tête... No comment… Bref, le vrai problème de la saison sèche, c’est plus la transmission de maladies que la soif véritable (les cours d’eau sont plus boueux, plus stagnants, et l’eau est donc moins bonne à boire).
En zone urbaine, l’eau courante est installée dans de nombreux quartiers. Mais en saison sèche, le niveau d’eau des rivières baisse souvent tellement que les coupures sont très fréquentes. Il faut alors attendre que l’eau arrive au robinet avec une batterie de seaux, bassines et autres récipients pour stocker le précieux liquide (par exemple, nous avons en permanence 3 bassines de 80 litres en reserve à la maison). Paradoxalement, c’est quand l’eau est la moins disponible qu’on la gâche le plus : en effet, dès qu’elle se met à couler, on court dans tous les sens pour tout remplir, et tant pis pour les litres qui coulent entre deux récipients ou qui débordent d’une bassine. Certains partent même au travail avec le robinet de la baignoire ouvert et la bonde mise. Quand l’eau arrive, la baigoire se remplit, et le surplus s’échappe par la sécurité… Ca peut paraître surprenant, mais que ne ferait-on pas pour avoir de l’eau à boire (il fait chaud !), de quoi tirer une chasse d’eau, se laver, faire sa vaisselle ou se laver les mains avant de passer à table… Oui, c’est vraiment un luxe d’avoir l’eau courante assurée quelle que soit la saison.
Récemment à Mpika, il y a eu dans certains quartiers une coupure qui a été immédiatement annoncée comme allant durer un semaine. Chacun a dû s’organiser : combines avec les quartiers moins touchés, navettes avec des voitures remplies de bidons vers les puits environnants, et surtout, pour beaucoup, quelques heures de marche pour aller chercher de l’eau un peu plus loin. Mipka est une ville de 20 000 habitants, et cela n’a pas l’air d’être une situation grave ou choquante pour les gens d’ici. Ca arrive, c’est tout. Enfin, comme vous le voyez, les gens ne meurent pas de soif mais ils doivent s’organiser.
Côté agriculture, la saison sèche arrive un peu après les récoltes et c’est le temps de repos des paysans. Ils récoltent vers Mai-Juin, soit vers le début de la saison froide, parfois même avant, et ne recommencent à travailler le sol pour les semis que vers le tout début de la saison des pluies. Donc la saison sèche fait partie du cycle, et n’empêche pas les récoltes.
Certaines exploitations bien équippées parviennnent à faire deux récoltes par an en utilisant des systèmes modernes d’irriguation. Ca donne ces disques immenses qu’on peut voir d’avion, disques irrigués par des des tuyaux qui tournent autour du point d’eau. Mais ces exploitations sont très peu nombreuses, voire inexistantes dans notre région. Il faut quand même un gros capital de départ.
Pour nous, nous avons l’eau courante à la maison, mais c’est uniquement parce que nous travaillons pour un hôpital : les maisons des employés bénéficient du système de l’hôpital. Mais autour de nous, dans le village « traditionnel », les gens vont chercher l’eau au puits.
Notre eau est prélevée dans une rivière, où une digue a été aménagée pour permettre de créer une petite retenue d’eau. L’eau est ensuite apportée directement (sans traitement ou filtratrion) vers les maisons et l’hôpital. Parfois, les feuilles mortes bouchent une canalisation, créant pendant quelques heures une micro-coupure. Après un orage, l’eau qui ruiselle sur les pentes des collines est chargée de sable et se précipite directement dans la rivière. Cela donne au bain une jolie couleur café au lait voire café noir. La salle de bain prend alors un air assez spécial, avec du sable un peu partout dans le lavabo et la baignoire : impossible de le rincer avant d’avoir de l’eau un peu plus claire au robinet… L’autre « nettoyage » que nous avons découvert ici, c’est celui de la chasse d’eau. Celle-ci se remplit progressivement de sable, et le sable se colle même aux tuyaux, ce qui fait que la chasse d’eau voit son débit diminuer progressivement au cours du temps.
Nous ne buvons pas l’eau de la rivière telle quelle. La plupart des gens de l’hôpital la font bouillir, mais nous préférons la filtrer, parce qu’on n’y gagne pas qu’une eau plus potable : on élimine aussi tous les objets flottants ou coulants non-identifiés… Mais les gens des villages qui prélèvent leur eau à la même rivière ont l’air de boire souvent l’eau directement.
L’inconvénient des manipulations de filtration, c’est que l’eau n’est pas disponible immédiatement. On essaie donc de s’y prendre toujours un peu à l’avance, sachant que notre filtre gère aisément 7-8 litres en une nuit.
Nous utilisons l’eau filtrée pour boire et laver nos fruits et légumes. Parfois quand l’eau est vraiment boueuse, on prend aussi de l’eau filtrée pour la cuisson des ingrédients, mais sinon, on prend l’eau du robinet (si vous suivez bien, une ébullition est suffisante pour la rendre potable).
Pour tout le reste (lavage de dent, vaisselle, douches…) on prend l’eau du robinet. Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de soucis, ce qui signifie, somme toute, que la rivière est assez propre.
En saison sèche, la rivière devient un petit ruisseau, et il faut couper l’eau de temps en temps pour que la retenue se remplisse. Cette année, nous avons de la chance, la saison des pluies a été tardive et généreuse, donc nous subissons des coupures depuis mi-Octobre seulement, et les pluies commencent déjà, donc nous n’en aurons pas pour longtemps. En revanche, l’année dernière, les coupures ont commencé en Août et ont terminé fin Décembre. Les dernières coupures duraient plusieurs jours…
Le problème de ces coupures, c’est que lorsque l’eau revient, tout le monde se précipite dessus, et donc ce sont les maisons les plus hautes qui reçoivent l’eau en dernier, puisque la pression n’est pas assez suffisante au début pour les servir. Avec la maison la plus haute du quartier, on doit donc être plus patients que les autres… Cela dit, cela nous a permis de bien rigoler hier, après le dîner, lorsqu’on se demandait s’il fallait faire la vaisselle (en utilisant l’eau de réserve) ou attendre d’avoir de l’eau au robinet. Coup de génie dans nos cerveaux déshydratés (Maman, je plaisante, je te promets qu’on boit tous les jours, jusqu’à plus soif), on émet l’hypothèse que le robinet du jardin, un bon mètre en dessous de celui de la cuisine a peut-être de l’eau, lui. Hypothèse aussitôt validée par un test probant. Nous voilà donc avec une lampe de poche pour nous éclairer, dans le jardin, en train de puiser l’eau pour notre vaisselle. Claire-Marie rapportant un grand seau, mais pas sur sa tête, pour un mari pas très zambien, puisqu’en train de faire la vaisselle. Quelques temps après, les gens du quartier s’étant probablement servis, l’eau montait enfin jusqu’à nos robinets de maison.
Une autre particularité de l’eau d’ici, c’est l’eau chaude. On a un chauffe-eau dans le toit de la maison, qui est sans doute le dernier des derniers endroits où l’eau parvient par pression, autant dire qu’il est souvent presque vide en ce moment. On ne l’allume pas quand il n’est pas plein, parce que c’est un système sans thermostat ni sécurité, et on pourrait donc avoir une résistance en train de chauffer l’air au-dessus des 2 centimètres d’eau du chauffe-eau… Résultat, l’eau chaude est froide. Jusque-là, vous suivez.
Bon, mais maintenant, l’eau froide est chaude. Là, ça se complique : en effet, le circuit d’eau n’est pas très profondément enterré, et donc l’eau chauffe dans les canalisations au soleil. Sur les derniers mètres, les tuyaux sont même à l’extérieur, ce qui peut donner une « eau froide » véritablement brûlante. Ajoutez à ça que la couleur des robinets (rouge ou bleu) n’est pas affaire de code (chaud ou froid) mais d’humeur du plombier, et que le côté (droite ou gauche) n’est pas non plus standardisé… Donc, parfois, c’est un peu dur de retrouver quelle est l’eau dont on a besoin…
Terminons cet article en précisant que plus de 80% de l’énergie électrique en Zambie est hydraulique, ce qui prouve que l’eau n’est pas une denrée si rare que ça.
Amitiés à vous tous lecteurs, à la prochaine !
13:22 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
pourquoi avez vous deux robinets, rouge et bleu, ou bleu et rouge, puisque l'eau chaude est froide et que l'eau froide est chaude ? Il y a un marché à prendre, là : faites installer des robinets violets, deux par lavabo, et le tour est joué !
ou alors, changez le code couleur par un code plus "local" : à la place de la pastille rouge sur le robinet, dessinez un ballon d'eau chaude fixé sur une toiture, et à la place de la pastille bleue, le serpentin d'un tuyau 'semi-enterré' - le tour est joué ! mais on n'est pas à l'abri des sautes d'humeur du plombier... "tiens, une petite blague, je mets le serpentin à la place du ballon"... et tout recomence...
l'essentiel est là, néanmoins : vous avez de l'eau, et ça, c'est bien !
Ecrit par : greg | 16 novembre 2007
Alors là je suis complétement d'accord avec le commentaire de mon prédecesseur sur ce blog ! pour moi qui suis mal latéralisé et qui ne reconnait jamais la droite de la gauche, pas plus que je ne sais dans quel sens tourner un robinet pour ouvrir ou fermer, je trouve que l'idée des étiquettes avec des ideogrammes, style "porte-manteaux de maternelle", est excellente. Bon d'accord ! à condition que le plombien zambien ne soit pas trop fantaisiste ... et c'est là que ce n'est peut-être pas gagné !
Sérieusement ! Ma fille chérie, sache que j'ai eu des nouvelles rassurantes des émissaires revenus de leur séjour parmi vous il y a 1 semaine et que leur témoignage m'a complétement rassurée sur votre sort ... ouf !
Dernier point : c'est quoi la chose insolite qui s'est produite hier et qui t'a décidée à traiter ce sujet, hein ? encore qqchose que tu veux me cacher pour que je ne me fasses pas de soucis ? mais, non, voyons je suis complétement rassurée, disais-je !
Allez bisous et à la bonne votre !
Ecrit par : Mom | 19 novembre 2007
hââââââ, ce cher filtre ! bien vaillant malgré des loopings inopinés, non ? ;-))
mais ne nous égarons pas et revenons donc à l'article précédent : la surprise ! la surprise ! la surprise ! .. c'était koi , finalement ??
Ecrit par : calfab | 19 novembre 2007
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