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28 mars 2007
Les affaires reprennent !
Remarques : - article déconseillé pour les femmes enceintes et les personnes atteintes d’une fragilité cardio-vasculaire
- article INTERDIT, sous peine de graves sanctions, à nos chères Mamans
1. Lecteurs, nous vous avons menti !
Au détour d’une paisible après-midi, au cours d’un serein jardinage, nous les avons vus… Ils étaient là… Les petits pois du jardin n’avaient pas abandonné la lutte ! Hé oui, il y avait 2 petits pois, cachés sous des mauvaises herbes. Pas 2 plants, ni 2 cosses : 2 petits pois dans une vieille cosse rabougrie. On les a mangés en grande pompe, avec des pâtes. Bon, on avait une sauce tomate aussi, parce que sinon, ça aurait été un peu sec…
Bref, voilà ce que c’est, le journalisme, de nos jours, des informations erronées, plus moyen de faire confiance. Nous vous prions de nous excuser pour tout désagrément (insomnie, cauchemars, anxiété, difficulté de concentration au travail) lié à cette fausse information sur la pousse de nos petits pois.
2. Esprit des toilettes, es-tu là ?
Dans notre maison, il y a 2 WC. Le premier trône est dans notre salle de bain, et fonctionne passablement. Le deuxième est dans une petite pièce à côté, et est hors de portée d’une éventuelle réparation. Comme l’eau y circulait en permanence, nous avons bloqué la “bulle” de la chasse d’eau (qui sert de jauge) en position haute pour couper l’eau. (Ceux qui ne suivent pas n’ont qu’à aller ouvrir leur chasse d’eau pour comprendre, je suis pas payée pour vous donner des cours de bricolage, non mais…).
Voilà pour le contexte.
Une nuit, où nous étions assoupis sous la moustiquaire, tranquilles et confiants, Claire-Marie se réveille au doux son de l’eau qui coule abondamment. Toujours aussi curieuse et préoccupée par l’utilisation de l’eau en Afrique, elle se retourne courageusement et se rendort… Quelques instants plus tard, Vincent se réveille à son tour. Héroïque, il se lève et, encore tout embué de sommeil, va vérifier l’origine du bruit. Il se rend donc dans les toilettes que nous avions condamnées, ouvre la chasse d’eau, pose la dalle derrière lui, et revient voir ce qui cloche là-dedans.
Et là, c’est le drame…
Car au fond de la chasse se trouve un serpent !
Il est entré, on ne sait comment, on ne sait par où, a escaladé les WC, et hop !, est entré dans la chasse d’eau, dérangeant notre ingénieux système, et re-enclenchant l’appel d’eau.
A votre avis, que fit notre héros ?
…
Non, récléchissez bien, qu’auriez-vous fait à sa place ?
…
Il sortit doucement, referma la porte, calfeutra toutes les ouvertures, et, pour ne pas réveiller sa dulcinée, retourna se coucher, sacrifiant ainsi sa tranquillité d’esprit pour donner quelques heures de sommeil heureux à son épouse. Ca, c’est la grandeur de l’esprit chevaleresque.
Mais comme tous les matins, le soleil vint, le coq chanta (celui des voisins commence vers 5h30, on est chanceux, certains commencent vers 3h30). Claire-Marie se lève, et, ingénue, demande : “Pourquoi la porte des toilettes est-elle entièrement calfeutrée avec des torchons et du papier toilette ?”
Vincent, en vrai preux chevalier, répond :
“Je t’expliquerai, ma chérie, va prendre ta douche”
Mais une Claire-Marie éveillée n’est pas une Claire-Marie endormie. Pas moyen de lui faire prendre une douche dans une pareille atmosphère de mystère. Vincent est sommé d’expliquer la situation, et en même temps, sa stratégie. (Pensez, il a eu le temps d’y réfléchir, lui qui ne dormait pas !)
Le voilà qui revient armé d’un balai au bout duquel il a skotché la plus solide de nos fourchettes. (Certaines se plient quant on les pique dans des tomates !). Et tel un picador, le voici bravant l’affreuse bête. Le spectacle était épique. Claire-Marie n’a pas pris de photo et s’est bien gardée de rire, mais c’était cocasse, tout à fait pittoresque ! En même temps, on peut en rire quant on attend, armée d’un rouleau à pâtisserie (au cas où), derrière celui qui, étant en première ligne, n’a pas le droit à l’erreur…
Mais un serpent, c’est rapide comme l’éclair ! Il a fallu une bonne vingtaine de minutes pour arriver à porter un coup mortel à l’immonde reptile.
Après quoi, l’estomac un peu retourné, nous sommes allés prendre le petit-déjeuner.
On pense que c’était une vipère, mais on n’est pas des spécialistes. Et c’est vrai que la petite taille de la bête n’est pas un élément rassurant, parce que même les jeunes des espèces dangereuses peuvent donner des morsures mortelles, il paraît…
On vous avait prévenus, l’article n’est pas destiné aux âmes délicates !
3. Ca sent le roussi...
Une nuit, où nous étions assoupis sous la moustiquaire, tranquilles et confiants, nous sommes réveillés par deux détonations. Claire-Marie, inquiète, demande à Vincent :“Qu’est-ce que c’était ?”
Vincent, pas trop réveillé, répond “Rien, des gosses qui jouent avec des pétards”, se retourne courageusement et se rendort…
Claire-Marie, bien réveillée, se surprend à méditer sur le prix des pétards en Zambie, leur éventuelle présence au marché de Chilonga, et leur improbable utilisation au mileu de la nuit. Le silence étant revenu, Claire-Marie se rendort à son tour.
Voilà ce que nous avons appris le lendemain :
Deux jeunes du village, probablement bien éméchés, sont venus régler des comptes personnels avec un employé de l’hôpital. Ils ont donc cassé, une par une, toutes les fenêtres de sa maison (la famille, terrorisée, s’était réfugiée dans une pièce et ne s’est pas défendue), et aussi, celles du voisin (fallait pas être à côté, ça lui apprendra). Le veilleur de nuit de l’hôpital, entendant ce bruit étrange est venu aux nouvelles et s’est empressé d’aller prévenir le curé de la paroisse et les bonnes soeurs du couvent d’à côté. Celles-ci se sont rendues à la chapelle pour prier, pendant que le curé est venu avec son fusil (chacun sa méthode !). Il a tiré 2 coups en l’air et les voyous ont déguerpis.
Ils ont été arrêtés le lendemain et conduits à la police.
Nous en retenons :
1. que les pétards et les coups de feu font à peu près le même bruit
2. que les zambiens prennent vite peur (deux familles qui ne se sont pas défendues contre 2 jeunes pas armés, 12 bonnes soeurs qui se réfugient à la chapelle, les deux voyous qui filent sans demander leur reste)
3. que le curé polonais de notre paroisse possède une arme à feu (!)
Voilà, les nuits zambiennes ne sont pas de tout repos, vous l’aurez compris.
Chères mamans, si vous lisez ces lignes, c’est que vous êtes passées outre nos instructions. Vous voilà d’ailleurs punies, puisque vous n’allez plus pourvoir dormir dans les prochains jours. Ca vous apprendra.
Si on ne peut même plus faire confiance à ces parents, à qui peut-on faire confiance, je vous le demande !?!
12:37 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
14 mars 2007
Au Sud, rien de nouveau…
Une semaine qui s’écoule, sans rien de bien notable : ce n’est pas qu’on n’est plus dépaysés, c’est qu’on s’habitue à´être dépaysés…
Du coup, on va vous raconter les petites choses de notre vie ici…
On est de moins en moins frileux en ce qui concerne le marché local. Certes, on se fait encore avoir sur les prix de ce qu’on ne connaît pas, mais c’est jamais bien méchant (on essaie de nous refiler des oeufs à 700 Kwachas, alors qu’ils sont normalement à 600K, soit 10 centime d’euro…).
Donc on essaie des trucs, et on se renseigne après. Oui, faudrait faire l’inverse, mais c’est plus marrant comme ça, non ? On vient de découvrir que l’espèce de racine qu’on mange en gratin, c’est du manioc. On est un peu décus, parce que entre nous, on appelait ça “roots” (racines) et ça faisait plus “aventurier perdus dans la jungle”…
Hier, on a acheté des champignons, on verra s’ils sont comestibles ! On mange aussi une sorte de poivron/poire/courgette, qui une fois bien bouillie, a une chair qui ressemble à de la purée de pomme de terre. Vincent appelle ce fruit la coloquinte, allez savoir pourquoi !
Sinon, grâce au soutien de nos chers parents, qui nous ont envoyé de quoi commencer un jardin, nous venons de découvrir la fleur de melon et la fleur de courgette. On espère ardemment, surtout pour les melons, obtenir des fruits, mais rien n’est moins sûr : les petits pois ont abandonné la lutte, brûlés et noyés. On ne manque ni d’eau, ni de soleil, ni de sauterelles, donc seuls les plus forts parviendront jusqu’à notre assiette. Mais chut, ne leur dites pas, hein ?
Samedi, journée de break à Mutinando, une coin perdu à 25 km de l’habitation la plus proche. Une “lodge” qui accueille les gens qui veulent se reposer loin de tout. Les paysages sont magnifiques, et on a pu se ballader le long d’une rivière, profitant même d’un coin propice pour se baigner… Super ! Bon, je précise qu’on est en pleine saison de hautes eaux, donc le courant est fort et les poissons peu nombreux. Deux bonnes raisons pour ne pas rencontrer de crocos, mais on s’était quand même renseignés avant, les accidents étant nombreux…
Sinon, les statistiques indiquent une moyenne de 10 visites par jour sur ce blog, alors c’est bien, ça prouve qu’on ne se donne pas du mal pour rien, mais où sont vos commentaires ? Comment savons-nous ce que vous devenez ? Alors à vos claviers, visiteurs, et laissez-nous de vos nouvelles, par mail ou par message sur ce blog, ça nous fera plaisir !
15:03 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
05 mars 2007
Vive ZESCO !
(NB : ZESCO = Zambian Electricity Supply Company)
Et voilà, nous sommes passés en quelques heures de l’Age de Pierre (c’est qui, Pierre ?) à l’ère moderne, grâce à quelques électrons bien dirigés ! Nous en avons profité pour refaire quelques courses, beurre, œufs, tomates, et maintenant, le chien peut toujours rêver, il n’aura plus nos salades de riz. Un point c’est tout.
Bon, en même temps, Padre, rassure-toi, ça reste un vrai de vrai Carême, puisque notre chaudière n’a pas apprécié les 3 semaines de coupure. Donc on reste à l’eau froide pour les douches. Brrr…
Sinon, Claire-Marie a passé une semaine bien remplie avec un séminaire de 3 jours qui réunissait les coordinateurs et assistants de tous les sites du HBC du diocèse. Le HBC (Home Based Care), c’est une structure de soutien local aux personnes atteintes du Sida. L’immense majorité des patients n’avait pas accès aux soins et aux antirétroviraux, donc l’Eglise a créé une structure pour les atteindre là où ils sont. Les paroisses/missions servent d’antennes locales, et les volontaires sillonnent le bush pour apporter aux « clients » (sic) nourriture, soutien moral, formation etc… Quand on sait que 20% de la population est séropositive, il est vraiment primordial de permettre à toutes les personnes infectées de continuer à mener une vie normale aussi longtemps que possible, ne serait-ce que pour que leurs enfants aient quelque chose à manger !
Bon bref, le séminaire était passionnant, et plein de difficultés culturelles pour Claire-Marie. Les Zambiens sont très fins dans leurs échanges, et comme dans leur culture on ne peut pas élever la voix ou être caustique, tout est dans le non-dit ; il lui faut toujours 10 minutes de plus que tout le monde pour comprendre quand il y de gros différents. Bon, du coup, elle a un peu mis les pieds dans le plat, mais c’est bien, ça rend prudent…
Un exemple de différence de niveau de communication.
Claire-Marie prend en stop un homme assez âgé qui allait de Chilonga à Mpika. En route, on papote, j’apprends qu’il est Bisa (tribu cousine des Bembas, mais cousine très proche, pas comme les autres tribus zambiennes qui sont aussi cousines, mais plus éloignées !), qu’il habite dans le bush profond, et qu’avec la saison des pluies, il lui a fallu 5 jours de marche pour aller de son village à Mpika. Je lui demande donc ce qui a provoqué un tel voyage, et il m’explique qu’il est venu à Chilonga (via Mpika) pour un atelier de travail sur la tuberculose. Il est « assistant tuberculose » de son village.
Ca se fait beaucoup ici, comme on manque de personnel médical dans les zones reculées, on forme des locaux volontaires pour les accouchements, le paludisme, le Sida, l’hygiène alimentaire, la tuberculose, etc…
Alors je lui demande : « Avez-vous beaucoup de cas de tuberculose dans votre village ? »
Il me répond : « Yes, many ! (oui, beaucoup !) A few ! (quelques-uns !) In fact, we have 4 cases (en fait, nous avons 4 cas). »
J’ai médité sur sa réponse un instant, et je me suis rendue compte qu’en fait, ma question, traduite dans sa culture, disait : « est-ce que ce que vous faites est important ? » D’où sa première réponse. Et puis, en même temps, il s’est rappelé que je suis européenne, donc il a progressivement fait l’effort de répondre à ma version de la question. Venue d’un local, je crois que ma question aurait été tout simplement vexante, alors que dans mon repère, c’était une marque d’intérêt !
Mais rassurez-vous, on s’est quittés bons amis, les Zambiens sont patients, pas du tout aggressifs, et prêts à rire de tout, donc avec un sourire et une blague, on règle bien des malentendus.
Voilà, sinon Vincent continue sa formation accélérée en césariennes, c’est maintenant lui qui fait tous les gestes, sous l’œil exigeant de Pauline. A quand la première en solo ? Il n’est pas très impatient, soyons honnêtes... Et l’hôpital de Chilonga reçoit pour 2 mois un spécialiste de l’obstétrique, donc il n’est pas au bout de sa formation ! En fait, c’est super, il y a tout un réseau de spécialistes qui se déplacent régulièrement pour faire profiter l’hôpital de leurs compétences, donc les patients (et Vincent) en profitent bien. En 2006, ils ont eu un dentiste, un ophtalmo, un chirurgien plastique, un gynécologue et j’en oublie sans doute, qui sont venus quelques jours ou quelques semaines apporter leur soutien. Ca, c’est l’avantage d’être une structure non-gouvernementale : il est plus facile de se faire des contacts, de créer des réseaux, et puis peut-être aussi, l’envie de se bouger pour les patients est-elle plus forte ?
C’est tout pour aujourd’hui, nous vous embrassons, à la prochaine !
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