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18 décembre 2006

Nous avons déménagé

Voilà, ça y est, nous avons déménagé à Chilonga, la ville à 25 km au Sud de Mpika, où Vincent travaille maintenant. Ce week-end, il était de garde pour que Pauline puisse un peu se reposer. Tout ça nous donne l’impression de vraiment s’installer et de commencer notre mission pour de bon.

 

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The Doctor's House

 

 

Nous avons emménagé dans « the Doctor’s House », une grande maison au milieu du lotissement pour les employés de l’hôpital. Avec 4 chambres, une salle de bain, une cuisine, une salle à manger, et un salon (avec cheminée, s’il vous plaît), la maison est bien trop grande pour nos besoins, mais comme ça, vous pourrez affréter quelques charters spéciaux pour venir nous voir !!!

 

On a vraiment de la chance au niveau de l’eau, parce que nous nous sommes installés au moment où elle redevenait courante ! Il faut savoir que depuis le mois d’Août, l’eau était coupée plusieurs heures par jour (voire même presque toute la journée pour les dernières semaines) pour l’hôpital et les maisons attenantes. Bref, nous arrivons au bon moment, mais nous savons que ce n’est que partie remise. Les 2 jours que nous avons faits avec juste un plein (et quel plein ! tout ce qui peut contenir de l’eau y passe !) nous ont donné un avant-goût de ce qui nous attend pour la saison sèche…

 

Toujours dans le registre de l’eau, nous devons maintenant filtrer et bouillir celle que nous voulons boire (au diocèse, l’eau était juste filtrée, et nous avions un filtre de grosse contenance pour tout le monde). Nous avons donc installé un atelier de fabrication d’eau potable, ce qui nous a permis de patauger et de faire des expériences…

 

Question : pourquoi la vitesse de filtration diminue au cours du filtrage, tous paramètres (hauteurs et remplissages respectifs des seaux)  étant égaux par ailleurs ?

 

Notre hypothèse était que le filtre étant sec au début, il laissait tout passer sans vraiment filtrer (il faut jeter les premiers litres pour ce genre d’équipement). En réalité, nous avons eu la bonne idée d’ouvrir le seau du haut pour y découvrir une couche épaisse de sédiments sur le filtre… Grand nettoyage, puis 2ème essai : la vitesse redevient normale. Sur la notice, ils disent de nettoyer le filtre une fois par mois au moins, je crois qu’on va faire ça plus souvent, si l’eau reste aussi brune !


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 Notre atelier de preparation d'eau

 

Autour de notre maison, nous avons la chance d’avoir un grand jardin, et c’est la saison où les fruits arrivent à maturité : mangues, pêches et bananes. Les fruits sont petits et peu sucrés, mais c’est sympa d’aller chercher son dessert soi-même !

 

La saison des pluies s’est installée maintenant, avec de gros orages et de grosses averses plusieurs fois par jour. Au début, les orages se succédaient moins rapidement, ce qui laissait à la terre le temps d’absorber et au soleil d’évaporer. C’est vraiment impressionnant de voir la vitesse à laquelle les flaques disparaissent ! Mais maintenant, on a un paysage plus compatible avec la météo : les étangs se forment et les pistes sont creusées de rigoles.

 

Avec les orages arrivent aussi les coupures d’électricité, ce qui ne facilite pas trop la communication. Combien de fois nous avons perdu nos messages sur le point d’être envoyés ! C’est rageant, mais c’est bien d’apprendre la valeur des choses, surtout dans un pays où tout le monde n’en profite pas. Seules les grandes villes sont équipées, et la plupart des gens vivent encore sans l’électricité.

 

Avec notre déménagement survient un autre changement : nous faisons nous-mêmes nos repas. Au diocèse, nous avions une cantine pour tout le monde (l’évêque, Father Thomas, et tous les volontaires, soit 4 allemands et nous). Les repas de midi y sont faits par une cuisinière, et le soir, on profite des restes et on pique-nique. L’avantage, c’est qu’on mange très bien, et qu’on ne perd pas de temps à cuisiner. Mais maintenant, nous pouvons nous faire nos propres petits plats !

 

En Zambie, le plat national est la Shima, une bouillie compacte de farine de maïs. Cela n’a pas beaucoup de goût mais ça tient au corps ! On mange en accompagnement beaucoup de tomates, d’oignons, et aussi des feuilles de colza ou de potiron cuisinées comme des épinards. Les Zambiens n’ayant pas trop les moyens (ou parfois pas envie) de varier les menus, dans beaucoup de famille, on mange la Shima matin, midi et soir. Mais on trouve aussi au marché des pommes de terre, du riz (même des pâtes à Lusaka !), des « buns » (des petits pains de mie), du poulet, des œufs, et quelques fruits. Pour varier, on peut ajouter des tas de choses connues ou inconnues, les inconnues n’étant pas toujours les plus dangereuses : on a essayé les chenilles cuites, c’est vraiment … curieux … Et à Mpika, on trouve même du lait, de la margarine et des saucisses.

 

Et incroyable coup de chance, nous avons du fromage !!! Les vaches ici sont rares, mais autour de Lusaka, il y a plusieurs élevages de viande et au moins un élevage laitier qui est situé sur la route qui va de Lusaka à Mpika, et nous y sommes passés au retour de Lusaka, pour revenir avec une meule de Swiss Cheese, une sorte d’emmental. C’est assez cher, bien sûr, mais quel bonheur de manger des pâtes avec du fromage râpé !

 

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Bref, nous ne sommes pas à plaindre, et nous sommes en train de revoir notre définition du confort : ce n’est pas tout ce qu’on a, c’est tout ce qu’on pourrait ne pas avoir et qu’on a quand même qui fait notre confort (eau, électricité, fromage…).

 

Vous nous demandez beaucoup comment se passent les festivités de Noël ici. Pour l’instant, la seule chose que nous ayons vue, ou plutôt entendue, ce sont les « Christmas’ songs » qui passent en boucle dans les supermarchés de Lusaka. Pas de guirlandes de Noël dans les rues, pas de sapins et de couronnes partout, mais il faut dire que la saison ne s’y prête pas trop, les gens sont surtout préoccupés par les travaux des champs. En fait, cette notion de fêtes de fin d’année est tout simplement un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre.

 

Nous prévoyons de passer la veillée de Noël avec les volontaires du diocèse, et la messe du lendemain se fera à la prison (on y dit une messe par mois). On aura sans doute plus de choses à vous raconter à cette occasion.

 

Nous aurons aussi la chance d’avoir Antoine et Kildine avec nous pour une semaine de vacances. Ce sont d’autres coopérants Fidesco qui travaillent dans un autre diocèse au Sud de Lusaka, et nous serons heureux de partager nos expériences et nos aventures.

 

Enfin, terminons par cette précision, suite à vos remarques sur le précédent message : la secrétaire du doyen du CHU de Lusaka a au moins 50 ans et ne s’habille certainement pas en mini-jupe. Non mais…

 

Merci de vos petits mots ou de vos longs mails, soyez patients pour les réponses…

 

 

12 décembre 2006

Un petit voyage à Lusaka

Non, nous ne vous avons pas oublié, mais les circonstances ne nous ont pas permis de vous écrire récemment. On se rattrape !

 

La semaine dernière, nous sommes allés à Lusaka pour des démarches administratives. Presque 700 km de route, pour arriver tout étonnés devant notre premier feu rouge depuis un mois ! Il a fallu redécouvrir la circulation en ville, avec son lot de klaxons, de piétons et de problèmes : où pouvons-nous nous garer ? pouvons-nous laisser la voiture sans surveillance avec nos courses dedans ? c’est la première ou la deuxième à droite ?

 

Mais la civilisation a aussi ses bons côtés : nous avons pu faire des courses, manger des hamburgers et des frites, redécouvrir l’impression qu’on a quand on rentre dans un magasin climatisé…

 

Nous avons été reçus par la famille Fidesco qui habite Lusaka. Ils travaillent tous les 2 au Peace Centre, un centre qui accueille les réfugiés, leur donnant une assistance juridique, une formation professionnelle, et aussi, un endroit pour se sentir écoutés et entourés. Il sont plusieurs milliers à Lusaka, et il existe en outre 4 ou 5 camps de réfugiés en Zambie. La plupart des réfugiés sont Congolais, mais il y a aussi des Angolais.

 

Florence et Amaury ayant 5 enfants, nous avons aussi profité d’une vie de famille pendant ces quelques jours, et nos vieux réflexes de chefs scouts ont refait surface !

 

Côté démarches administratives, le bilan est plus mitigé, mais nous apprenons à modifier notre échelle de valeur. En France, passer 3 jours dans une grande ville pour faire des courses et obtenir une autorisation de pratiquer la médecine, ça ne paraît pas infaisable, mais ici, c’est de la haute voltige ! (on s’est cassé les dents, d’ailleurs).

 

Mercredi

 

D’abord, il faut aller au Church Health Association of Zambia (une association qui regroupe toutes les activités de santé portées par des églises chrétiennes en Zambie), qui compile le dossier de Vincent, écrit une lettre stipulant qu’ils seront ravis d’employer un médecin au diocèse de Mpika, si celui-ci a le niveau requis. Avec la lettre en poche, on file au Medical Council (le Conseil de l’Ordre), qui nous écrit lui aussi une lettre à l’attention du Doyen du CHU de Lusaka, lui demandant de vérifier l’aptitude de Vincent à exercer. Arrivés au CHU (nous venons déjà de griller une demie-journée en traversant 2 fois la ville !), nous apprenons que l’examen en question a lieu tous les jeudis (chouette, on est Mercredi !), mais que le nombre de candidats est limité à 4 et Vincent est le 7ème !  Il nous faudra repasser la semaine prochaine… Petite séance de larmes, on explique qu’on vient de loin, qu’on est volontaires et pas immigrés, et que Vincent travaille dans un hôpital de brousse. Ca marche, la secrétaire se laisse émouvoir, et nous demande de venir le lendemain pour l’examen. Ouf !

 

Jeudi

 

Le Jeudi à 14h00, voilà Vincent qui arrive un peu stressé, mais bien préparé, et on attend… Ca nous permet de faire connaissance avec les autres candidats, qui sont soit volontaires comme lui (Un égyptien, un Pakistanais), soit des Congolais qui souhaitent venir s’installer en Zambie, parce qu’ils ne peuvent pas exercer dans de bonnes conditions au Congo. Vers 17h00, la secrétaire qui décidément nous a à la bonne, fait passer Vincent en priorité, puisqu’on vient de loin (merci, mais on ne va pas rentrer à Mpika ce soir, donc pourquoi passer avant ? Mystère…).

 

Vincent se retrouve face à 3 médecins qui lui posent des question d’abord assez basiques, puis assez pointues. Objectif : vérifier qu’il a vraiment les diplômes mentionnés sur son CV. Certaines questions sont trop spécifiques, et Vincent ne connaît pas encore toutes les particularités des protocoles ou des médicaments disponibles ici, mais l’ensemble est satisfaisant. Les résultats nous seront communiqués par faveur spéciale le lendemain, les autres candidats devront attendre la semaine d’après. (Etre dans les petits papiers de la secrétaire, c’est une stratégie internationale, voyez-vous…).

 

Vendredi

 

A 10h00, nous voici pour les résultats. On attend…Vers 11h45, la secrétaire réussit à localiser le Doyen et à lui faire signer le papier qui confirme que Vincent s’exprime correctement en Anglais, et a les compétences requises pour exercer la médecine en Zambie. Youpee ! Vite, nous repartons au Medical Council, tout triomphants… Grossière erreur… Là-bas, le dossier de Vincent est de nouveau réépluché, on a le droit à une batterie de questions et on s’entend dire : “Ce soir ou Lundi !”

 

Alors on pleure de nouveau, on explique qu’on part le lendemain, on refait le numéro du pauvre coopérant, rien n’y fait. Le responsable nous dit seulement : “Si ce n’est pas prêt ce soir, nous vous le faxerons Lundi”. Quand nous sommes revenus un peu plus tard, bien évidemment, la carte d’immatriculation de Vincent n’était pas prête. Et aujourd’hui, Mardi, on attend le fax… après avoir relancé au téléphone 2 fois hier…

 

Bref, nous avons bien avancé, mais aucun résultat visible, c’est un peu dur… D’autant que nous avons aussi fait choux blancs du côté du permis de travail de Vincent, puisque le service de l’immigration, suite à un remaniement du personnel, a pris beaucoup de retard dans ses dossiers. Rien d’angoissant, donc, mais rien de concret non plus.

 

Enfin, on essaie de prendre patience, et on s’efforce de voir ce qui a avancé, plus que ce qui nous reste à faire. Ca me rappelle une histoire de bouteille à moitié pleine…

 

Ajoutons à cela que nous attendons que l’élecriticité soit réinstallé à Chilonga pour pouvoir s’y installer. En même temps, nous n’avons pas eu d’électricité ce week-end, et pas d’eau pendant 2 ou 3 jours, et on s’y fait, finalement !

 

On prévoit de déménager Jeudi à Chilonga, ce qui permettra à Vincent de ne plus faire la route tous les jours, et aussi d’être de garde dès qu’il en aura le droit. Pauline, la Directrice de l’hôpital, part en vacances pendant 3 semaines après Noel, donc Vincent bosse dur pour ce mettre au niveau. Hier, première césarienne, qui s’est bien déroulée. Ouf !

 

Voilà, un grand merci pour vos messages qui nous encouragent à continuer, parce que ce n’est pas si facile de tout mettre noir sur blanc comme ça !

 

Enfin, nous avons quelques idées d’articles (sur la route et les transports ou sur les dispensaires notamment), mais si vous avez des questions précises, n’hésitez pas, on y répondra volontiers. En fait, vos questions nous poussent à questionner les Zambiens pour ce que nous ne savons pas, donc c’est super !

 

A bientôt !